
Quand les sexagénaires deviennent les nouveaux quinquagénaires...
Face à la hausse croissante du nombre d'employés matures qui partent à la retraite pour débuter une nouvelle carrière, le terme "retraité" est aujourd'hui souvent synonyme de "recrutement". Le vieillissement de la génération des baby-boomers (autrement dit des millions de gens nés entre 1946 et 1964) constitue la seule tendance majeure qui va façonner le visage de notre société au cours des 25 années à venir.
Les entreprises commencent à le ressentir. Retenir des employés qualifiés dépassant la cinquantaine est devenu un problème majeur à une époque où de nombreux baby boomers partent tout juste à la retraite. Les entreprises vont perdre le savoir-faire de ces individus, bon nombre de connaissances institutionnelles, ainsi que le bénéfice des relations qu'elles entretiennent depuis des années avec leurs clients, partenaires et fournisseurs.
Mais le plus regrettable est la perte du leadership car ce groupe, particulièrement réputé pour sa fidélité envers son entreprise, est massivement représenté dans les postes de direction —nettement plus que la population en général. Ce sont ces mêmes cadres, qui ont mené leurs sociétés à travers des bouleversements commerciaux et culturels, des fusions et des acquisitions, des scandales et des succès. Autrement dit ces visionnaires qui pourraient assister au "prochain raz de marée". Qui va prendre leur place ?
Mais le problème est compliqué car ce même groupe de baby-boomers représente pour de nombreuses entreprises leur base de clients la plus importante et la plus rentable et elles auront besoin d'employés qualifiés à même de refléter et de créer un lien avec cette clientèle.
Pourquoi cette crise survient-elle maintenant ?
Nous assistons actuellement à la convergence de trois tendances aux implications majeures sur la plupart des secteurs d'activité. Outre le départ à la retraite imminent des baby-boomers, les progrès médicaux et l'amélioration du service de la santé publique permettent aux individus de vivre plus longtemps. Par exemple, l'espérance de vie d'une femme née en 2000 est de 80 ans aux Etats-Unis contre 74 ans pour un homme.
La troisième tendance est que le taux de natalité n'a jamais été aussi bas. En Italie, il atteint 1,2 enfant par famille contre 1,3 au Japon et est inférieur à 2 dans la plupart des pays de l'Union européenne. Toutes ces tendances dressent le tableau d'une population grandissante du troisième âge, suivie par des générations successives moins bien représentées.
Comment va se traduire cette crise démographique dans le monde du travail ?
Les entreprises vont commencer à voir leur force disparaître au fur et à mesure que les employés occupant des postes clés partiront à la retraite en grand nombre. Parallèlement, elles vont se heurter à une diminution de la réserve de compétences pour occuper ces postes. D'après une enquête réalisée par l'institut AARP, 58 % des directeurs des ressources humaines ont déclaré qu'il était plus difficile de trouver des candidats qualifiés aujourd'hui qu'il y a cinq ans.1
Par conséquent, tous les secteurs d'activité et le secteur public se heurtent à un véritable manque de compétences, et ce dans le monde entier. En raison d'une pénurie de 20 000 chauffeurs, l'industrie du transport routier a enregistré un chiffre d'affaires de 131 % en 2005 aux Etats-Unis.2 De même, une société de services canadienne ne parvient pas à pourvoir plus de 450 postes vacants depuis des mois. L'administration souffre également d'un fossé des compétences particulièrement important où 60 % des employés et 90 % des cadres devraient prendre leur retraite dans les 10 années à venir.3 Les secteurs d'activité matures comme l'industrie du pétrole et du gaz, l'aérospatiale, la fabrication, la santé et l'éducation se heurtent également à une lutte féroce - suivis de près par le secteur bancaire, des assurances et de l'informatique.
Compte à rebours jusqu'à 2008
A l'heure où la plupart des entreprises reconnaissent cette crise des talents, 90 % des cadres ont déclaré dans le cadre d'une enquête récente qu'ils envisageaient de retenir les compétences des seniors, alors que seuls 14 % d'entre eux affirment que leur entreprise a déjà mis en place des initiatives officielles.4 Les entreprises sont distraites par les problèmes les plus immédiats, notamment le dernier centre d'appels qu'elles viennent d'ouvrir ou le nouveau produit à lancer sur le marché. Le passage à l'an 2000 avait l'avantage de sensibiliser les individus pendant une seule journée, tandis que cette perte de talents semble vieille de nombreuses années. Quand on sait que les initiatives mises en place ne porteront pas leurs fruits avant plusieurs années et que les premiers baby boomers atteindront l'âge de la retraite en 2008 (autrement dit dans moins d'un an et demi), le jour est venu de passer à l'action.
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